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Manifeste du design canadien

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GESTION RESPONSABLE DE NOS RICHESSES

Le devoir du design canadien

La riche mosaïque culturelle et les ressources naturelles abondantes de notre pays s’entrelacent dans une sorte de pas de deux chorégraphié par le design canadien. Alors que nous constatons partout les effets de la dégradation de l’environnement et des injustices sociales, nous nous voyons dans l’obligation d’assurer une gestion responsable de nos richesses.

Pour passer de la surconsommation à la saine gestion, du gaspillage éhonté à la conservation, il nous faut repenser la notion d’abondance canadienne en formulant des idées audacieuses et radicales qui vont au-delà des façons de faire traditionnelles ; utiliser notre richesse comme un outil de transformation.

Lorsque nous concevons et construisons des espaces sur le territoire canadien, nous puisons dans les ressources et le patrimoine de notre pays et tentons d’en extraire de nouvelles idées. L’acte de production implique donc une obligation.

Nous ne pouvons plus défendre les conceptions individualistes héritées d’un passé colonial. Les valeurs autochtones, garantes de notre avenir, nous poussent à revendiquer notre responsabilité envers le territoire, les cours d’eau, la faune et la flore… le monde. La même obligation morale incombe au design canadien. Il nous faut agir collectivement : à la fois autochtones et colons, immigrants et réfugiés, nous sommes toutes et tous unis par notre longue histoire commune.

C’est ensemble que nous habitons le territoire et que nous devons le protéger.

La gestion responsable de nos richesses est gage d’un avenir meilleur. Aujourd’hui, notre besoin de croître et d’innover doit être utilisé à bon escient, pour préserver l’environnement et lutter contre les inégalités. Par le design canadien, nous pouvons reléguer au passé nos ambitions débridées et notre insouciance ; devenir des acteurs de changement. Et c’est également par le design canadien que nous devons repenser, redistribuer et révéler la richesse de notre pays, dont nous faisons toutes et tous partie. Il est de notre devoir de revoir nos attentes, nos processus et notre relation au monde pour construire un avenir plus radieux et inclusif.

C’est le devoir du Canada.

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MÈRE PATRIE

 

Le territoire est notre berceau, notre soutenance, notre fil conducteur. Puisque nous dépendons de la terre pour survivre, nous réalisons plus que jamais l’importance de ses écosystèmes, dont la riche biodiversité doit être préservée à tout prix. Cet esprit de symbiose doit guider nos actions.

L’identité canadienne est intimement liée au territoire : à ses vastes étendues, à sa grandeur et à sa diversité. La terre témoigne des traditions et rituels de nos communautés – elle est notre force. Malgré les conflits qui nous divisent, elle devient un espace partagé où les vieux élans de patriotisme font place à une identité commune. C’est la terre sacrée qui nous unit, pas la politique.

PAYSAGE = CONSTRUCTION

L’identité canadienne fait partie du territoire, certes, mais plus particulièrement du paysage – une construction de l’esprit. Pensons ici au cliché d’une nature vaste, emblématique et indomptée, ou encore aux différentes manières dont nous avons cherché à manipuler cette image.

Le paysage devient le terrain d’interventions humaines qui s’inscrivent dans le temps comme dans notre identité. Il est une construction hybride faite de plusieurs éléments : souvenirs, expériences, panoramas, clichés, reflets changeants de l’espace « postexpérience ». Davantage qu’une simple topographie fictive, cinématographique ou physique, le paysage est à redéfinir par le design canadien.

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TRANSFORMATIONS RADICALES DU DESIGN CANADIEN

Le design canadien doit être radicalement polyglotte. L’architecture est un outil de transition. Pour s’adapter aux particularités de chaque espace, elle parle la langue de différentes cultures et communautés. Dans le Canada d’aujourd’hui, ces échanges dynamiques impliquent des générations de personnes autochtones et d’immigrants. Le design canadien, dans ce contexte multiculturel, ne doit pas être nationaliste ni extrémiste, mais plutôt équitable, inclusif et durable – une lingua franca en constante évolution.

Le design canadien doit être radicalement ouvert et accueillant. Des peuples gardiens de l’île de la Tortue (l’Amérique du Nord) aux nouveaux immigrants, en passant par les premiers colons européens, l’architecture canadienne repose sur la cocréation d’espaces partagés par toutes et tous. Elle transforme les lieux inhospitaliers en terre d’accueil. Le design canadien doit donc se déployer dans l’espace et le temps pour représenter des générations de toutes les époques et provenances. L’architecture d’ici est notre port d’attache.

Le design canadien doit être radicalement inclusif. La sphère publique s’étend bien au-delà de la sphère privée. Dans cette optique, nous devons collectivement tendre l’oreille et trouver des terrains d’entente. Notre architecture doit servir à tisser et à renouer des liens entre les communautés, les disciplines, les objets, les territoires et les espaces. Elle doit être sociale, collaborative et transdisciplinaire : synonyme d’interaction, de joie et de plaisir. Ses esprits créatifs proposent maintenant des conceptions mieux adaptées aux enjeux actuels et abandonnent ainsi la pensée en silo.

Le design nous amène à prendre des décisions qui touchent des milliards de personnes et qui ont des répercussions sur une multitude de formes de vie. Pour créer des espaces en sol canadien, il nous faut faire preuve de rigueur et de compassion, trouver rapidement de nouvelles façons de penser pour faire face aux enjeux sociaux et écologiques les plus urgents. Ces démarches doivent impérativement s’inscrire dans une perspective universelle et intemporelle et dans nos valeurs fondamentales : responsabilité, humilité, pluralité et solidarité.

Le futur semble prometteur, mais il reste une ombre au tableau : les communautés défavorisées et sous-représentées sortent du cadre des pratiques habituelles ancrées dans un passé colonial et passent encore sous le radar des décideurs. Il existe depuis trop longtemps un fossé entre les personnes qui vivent avec les conséquences du design et celles qui le conçoivent. Pour que notre avenir soit viable, équitable et inclusif, le design canadien doit devenir circulaire et relever tous les défis qui se présentent à lui.

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Le design canadien doit être radicalement résilient. Les changements climatiques soulèvent de nombreuses questions et posent de nouveaux défis. Les concepteurs doivent repenser la ville en proposant des solutions écologiques pour protéger, réinventer et améliorer l’espace urbain. C’est ainsi que nous ferons de nos métropoles des espaces capables de s’adapter aux enjeux qui touchent nos communautés. En approfondissant notre compréhension du design circulaire, de la réutilisation, de la récupération et du suprarecyclage – au profit et non au détriment des espaces naturels – nous nous projetterons dans un avenir meilleur, sous le signe de la résilience et du renouveau.

Sous son meilleur jour, le design n’explore pas seulement les liens qui nous unissent aux autres, mais aussi ceux que nous tissons avec divers environnements et objets au quotidien. Le potentiel du design canadien est grand. En favorisant le biomimétisme, la conservation de la biodiversité et l’intégration de processus naturels et autochtones dans nos pratiques, nous enrichissons le vocabulaire du design tout en rendant hommage aux premiers peuples. Nous apportons des solutions à petite échelle qui tiennent davantage compte de la notion de respect que des approches traditionnelles et utilitaires, qui ont le mérite d’être concrètes et qui fonctionnent en symbiose avec la technologie.

La biodiversité et la technologie partagent d’ailleurs un destin commun, et notre territoire, véritable mine d’informations, en témoigne. C’est en tirant parti de ce savoir que nous protégerons nos écosystèmes dans un contexte marqué par la pandémie, la crise climatique, la pollution des océans, la redéfinition des notions de production et de travail, et les changements de paradigmes sociaux et culturels.

À travers des pistes de solution écologiques, le design canadien continuera d’évoluer tout en conservant ses caractéristiques essentielles. De nouvelles stratégies en phase avec la nature seront mises en œuvre pour clore le chapitre de l’anthropocène et assurer le bien-être des citoyens et des communautés locales.

Le design canadien doit être radicalement lié au territoire. Lorsque l’architecture s’inspire de son environnement immédiat, elle se fait le miroir de la topographie, de l’histoire et de la communauté locales. À échelle régionale, ce type de construction existe en harmonie avec le monde qui l’entoure. Le design canadien doit suivre le même principe, puisque notre territoire est une mosaïque complexe de paysages et de contextes diversifiés, un réseau relié à l’écosystème des terres autochtones.

Le design canadien doit se tourner radicalement vers le futur. Longtemps maintenu dans un état de latence, il ne s’inscrivait dans aucun plan d’avenir. Mais le temps est venu d’agir. L’heure n’est plus à la stagnation, à la modestie, ni à l’humilité : c’est le moment de nous imposer en tant que chefs de file du design.

Le design canadien doit ouvrir la voie de façon radicale. En nous appuyant sur les principes du design circulaire et en visant une inclusivité totale, nous pouvons faire du Canada une plaque tournante de l’innovation. Les concepteurs, chercheurs et architectes des quatre coins du pays doivent prendre la parole et le volant, se lancer des défis, et enfin enterrer la fameuse « politesse canadienne ». En tant que chefs de file du design canadien, ils doivent se prononcer sur le design d’ici et le célébrer ; provoquer des réactions et des réflexions sur la scène nationale et internationale. 

Avec les bons outils, nous pouvons bâtir ensemble l’avenir, faire en sorte que nos projets architecturaux incarnent le rêve d’un monde meilleur, et transformer nos bâtiments en cités, en espaces à la fois ancrés dans le présent et le futur. Nous devons mettre en valeur notre richesse et la partager avec le reste du monde.

Le design canadien doit s’ouvrir aux propositions radicales et éviter les clichés réducteurs. Avec son esthétique particulière et son identité forte, il se révèle dans toute sa complexité et compose un chœur de voix harmonieuses et discordantes. Pour créer en sol canadien, il faut faire résonner une multitude de voix, se réclamer d’une identité et d’une esthétique communes, et cultiver le même sentiment d’appartenance. Le design canadien est pétri de contradictions et son vocabulaire a la réputation d’être aussi riche que pragmatique.

Le design canadien est un manifeste radical à l’usage de toutes et de tous. Il tire sa force des pratiques inclusives, du moment présent et de tout ce qui l’entoure. Ses contours sont flous, et il doit tenir compte de ses adeptes tout en s’adressant à de nouveaux publics. C’est ainsi qu’il déclenchera une cascade de réactions positives.

Nous vivons dans un monde interdépendant. Les conflits liés au climat, aux ressources et aux inégalités nous affectent directement, et l’architecture peut jouer un rôle important dans leur résolution. En tant que concepteurs et membres d’une grande famille, nous pouvons commencer à réparer les fissures qui traversent l’environnement bâti de nos communautés, ici comme ailleurs.